Voilà que de si loin c'est la lecture des nouvelles qui me rapproche de Rennes.
Et du poème.
Je n'arrive pas à cesser d'écrire sur ce blog.
Et depuis quelque temps ce sont surtout de courts poèmes, presque parlés, presque dits.
Des poèmes venus droit des journaux et des lettres d'amis.
C'est comme Belleveaux devant le cyclone, là-bas, que je ne peux oublier, à la fois parce que nous nous connaissons, parce qu'il était lui aussi résident à la Maison de la Poésie et puis que je suis allée en février 2012 à St Denis de la Réunion et y ai découvert une France hors les murs, une patrie lointaine qui m'a enchantée.
Jean-Christophe Belleveaux, poète au coeur du cyclone, on ne peut pas l'oublier ce matin.
Mais aussi la Suisse et son tueur du Valais, comme les éléphantes et les étoiles qui s'embrassent, et les voitures qui s'embrasent.
Craintes, inquiétudes mais aussi espoirs: l'Inde?
Tout ça pour dire rien de neuf et tout de nouveau.
Antoine Emaz déjà. Et comment écrire mieux ce sentiment de répétition et de nouveauté que nous donnent les journaux, les radios que ce qu'il a fait dans ses livres?
Et aussi ce sentiment pénible de butiner sans se poser, trop souvent notre manière d'exister.
Le poème est dans ces moments rocher, fil à plomb, amarre dans le sable de la barque mentale.
La Bretagne, La Réunion, le Cap Creus sont des lieux que la mer traverse.
En ce sens ils réunissent ceux qui comme Jacques Josse dont je lis avec passion Le veilleur des brumes ont le soufle salé de la mer dans leurs poumons et leur mémoire.
La baleine blanche peut porter des noms multiples et elle peut être au gré des traductions féminine ou masculine: elle reste le rêve éveillé du sans patrie parce qu'elle se révèle sans contours définis et comme la mer sans limite.
Ce qui compte, c'est qu'elle existe, comme ce mot éléphante que l'ordinateur s'obstine à souligner en rouge!
Mon fil est décousu comme sur les bonzoms semés à Rennes et qui se montreront en mars pour le printemps des poètes dans leurs nouveaux habits...
Blanc, rouge et parfois bleu comme peut être la mer, certains matins, dans la baie de Cancale.
C'est une année qui commence!
Sylvie Durbec,
En résidence à la Maison de la Poésie de Rennes
En résidence à la Maison de la Poésie de Rennes
mercredi 2 janvier 2013
des nouvelles des éléphants et d'Abidjan
Six éléphants meurent dans un accident
un accident avec un train en Inde
pas ici ni à Rennes ni même en Mongolie
on ne sait pas si tous étaient masculins
si parmi eux des éléphants au féminin
en tout cas six cadavres au bord du remblai
à la peau grise de vieilles dames fatiguées
et plus loin c'étaient des gens
certains peau douce d'enfants d'autres on ne dit rien
dans le journal ils sont portés disparus
pour regarder l'année nouvelle dans les yeux
sous un déluge de feux d'artifice et de cris
certains sont morts écrasés piétinés
mais pas par des éléphants
sur les images on voit des chaussures perdues
comme les chaussettes célibataires
après la lessive
mais là définitivement égarées
ça se passait à Abidjan pas à Boulbon
ni à Rennes on ne sait pas très bien quoi faire
avec ça mais ça reste c'est là dans un coin
de la mémoire en miettes oui ça reste
et on dit dans le journal
que tout s'oublie aussi
comme le reste
lundi 31 décembre 2012
poème juste en passant
tout est en attente à cause du gel ou des chasseurs
tout se tait même les feuilles même les nuages
tout retient sa respiration autour de la maison
et dedans
seuls quelques coups de fusil trouent le matin
mais pas très méchamment juste en passant
on dit que cette nuit on va changer d'année
ce ne sera pas la fin du monde mais d'un an
mes amies bourdonnent des chansons brodent
des chemises à poème creusent la farine
pour y déposer une bague
on se tient sur un fil coupant
mais on sait qu'on va pas tomber
pas cette nuit puisque
on veut savoir si ce sera
comme les autres fois
et
on reste en silence
en attendant
vendredi 28 décembre 2012
deux étoiles s'embrassent ce matin
comme si le ciel au-dessus de la colline
était le ciel au-dessus de la Mongolie
tout est joyeux à la bonne place ici
aucune violence du monde et là-haut
deux étoiles collées l'une à l'autre
je vais chercher mes lunettes
je n'y vois plus très bien je le sais
alors cette réunion de deux étoiles
une illusion une explosion une folie
deux étoiles s'embrassent ce matin
c'est tout les chasseurs continuent de tirer
sur le pigeon blanc tant aimé
sur la chatte noire
sur l'écureuil
le vacarme du monde est en attente
seuls quelques coups de fusil
mais surtout ces deux-là deux amies
qui se serrent au ciel l'une à l'autre
une dirait font bêchevette
et brillent encore tandis que le soleil
au-dessus de la colline
jusqu'à la fin du poème
le goût du poème
la vie dans le ciel file en deux traits brillants
la fenêtre s'éclaire enfin le matin très blanc
et l'avion là-haut emporte plusieurs histoires
rien n'a changé depuis hier et c'est demain
le chat se moque de toute fièvre il est bien
la vie là-haut a déjà fini sa course éclair
sa trace ressemble à un petit nuage fin et doux
dans ma bouche toujours ce goût de papier
quand on lèche une enveloppe pour coller
tous les voeux qu'on envoie au nouvel an
mon fils a dit les parents c'est important
en nous remettant ses cadeaux et a souri
c'est juste une histoire de noël un conte
où tout s'ajoute et rien ne s'enlève a-t-il dit
encore et l'écureuil brillant de son frère
sur la table a son tour a dit oui oui oui
plus rien dans le ciel à présent que le vide
bleu hiver d'une journée de décembre
mercredi 26 décembre 2012
Pour commencer quelque poème il faudrait
il faudrait un chat sur le papier
un pas d'oiseau sur le palier
quelques frissons sur l'eau
l'odeur de la terre pourrissante
la haie coupée en feu un peu
de ciel bleu sur la colline
il faudrait des mains liées
par un serment d'amour
et non pas ce saccage du temps
il faudrait la rumeur ailée des insectes en été
le volcan noir sous les pieds la mer
ce que nous n'avons pas ce que nous avons
il faudrait ce qui fait danser le désir
sur le mur tandis que je dors
et que tout va son cours
au dehors
un pas d'oiseau sur le palier
quelques frissons sur l'eau
l'odeur de la terre pourrissante
la haie coupée en feu un peu
de ciel bleu sur la colline
il faudrait des mains liées
par un serment d'amour
et non pas ce saccage du temps
il faudrait la rumeur ailée des insectes en été
le volcan noir sous les pieds la mer
ce que nous n'avons pas ce que nous avons
il faudrait ce qui fait danser le désir
sur le mur tandis que je dors
et que tout va son cours
au dehors
dimanche 23 décembre 2012
Poème de la fin du monde qui n'arrive pas
poème de la fin du monde qui n’arrive pas
après la peur la radio dit la vie c’est un flux continu ça
n’arrête jamais
alors on lit dans le journal
qu’avant la fin du monde les gens font des provisions de
robinsons
les vieilles dames et les jeunes
et aussi ceux qui ont des sourires éclatants
et sont intelligents
mon fils me dit
qu’il a des angoisses de plus en plus fréquentes
nous les partageons un moment comme on boit ensemble
tous vivants
tous à dire la vie
tous à parler de tout de ce que nous ne savons pas
et si difficile de parler de ce que nous savons de nous-mêmes
si peu pour résister quand la mort tombe du ciel ou des
radios
ou des médecins
au loin corbeaux et voix radiophoniques
dehors et dedans
et on se demande le monde
oublierait-il sa propre fin du monde
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